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Le Pr Frédéric Rouillon* répond aux inquiétudes soulevées
par la médiatisation d’un lien éventuel des psychotropes avec cette maladie cérébrale.
Sabine de la Brosse - Paris Match
Pr Frédéric Rouillon. Il y a eu un amalgame, dans la
communication directe au grand public, des résultats de cette étude. De nombreux patients ont cru comprendre que toutes les classes de médicaments prescrits pour les maladies du cerveau
(antidépresseurs, antipsychotiques, etc.) étaient impliquées. Il faut préciser que cette étude ne concerne pas tous les psychotropes mais une seule famille d’entre eux : les benzodiazépines. Il
s’agit principalement de somnifères et de tranquillisants dont notre pays est le premier consommateur d’Europe ! Ces résultats ont mentionné une augmentation de 50 % du risque de développer un
Alzheimer avec des benzodiazépines. De nombreux patients, non initiés au langage scientifique, ont pensé qu’ils avaient 50 % de risques de contracter cette maladie. Evidemment, ces résultats
statistiques ne signifient pas que la moitié des personnes ayant été traitées par des benzodiazépines vont être atteintes par cette pathologie, mais que le risque auquel elles s’exposent est
multiplié par 0,50 ! Prenons l’exemple d’une maladie dont la fréquence dans la population est de 2 %. Si une étude démontre qu’un facteur aggravant entraîne une augmentation de 50 % du risque,
cela voudra dire que la fréquence de cette maladie passera à 3 %.
Pr Frédéric
Rouillon. Quand les travaux d’une équipe de
recherche aboutissent à des conclusions, la procédure classique consiste à les proposer, dans un premier temps, à une revue scientifique dont le comité de lecture appréciera la qualité et la
possibilité ou non de les publier. C’est après cette parution pour le monde médical que les journalistes de la grande presse peuvent les rendre accessibles à leurs lecteurs. Puis, pour que ces
résultats soient jugés totalement convaincants, ils doivent être confirmés par d’autres études. Mais, certains journalistes bousculent un peu l’agenda des chercheurs !
Pr Frédéric
Rouillon. Les molécules actuellement les plus
utilisées (flunitrazépam, bromazépam, lorazépam…) agissent sur certains récepteurs du cerveau dans le but de supprimer l’anxiété et l’insomnie. Dans la majorité des cas, ces traitements doivent
être de courte durée (une à quelques semaines). Leur reconduction est à réévaluer par le médecin.
Pr Frédéric Rouillon. Même si ces médicaments sont habituellement bien tolérés, ils peuvent entraîner
chez certains patients des effets secondaires : somnolence diurne, vertiges, incoordination motrice, difficulté de concentration, troubles de la mémoire… et surtout une dépendance. L’arrêt doit
donc être progressif pour éviter la réapparition des symptômes ou un syndrome de sevrage (irritabilité, sueurs, nausées...) d’autant plus fréquent que le patient a consommé une benzodiazépine
durant plus de trois mois. En cas de persistance des troubles, on peut envisager une autre famille de psychotropes (tels des antidépresseurs, un sédatif non benzodiazépinique...) ou une
psychothérapie.
Pr Frédéric
Rouillon. A long terme ces médicaments sont
plus efficaces pour les maladies anxieuses que les benzodiazépines. On pourrait les comparer à l’aspirine donnée en cas de fièvre et les antidépresseurs aux antibiotiques qui, eux, vont traiter
la cause. Aucun médicament n’est dénué de risques ; il faut les mettre en balance avec les bénéfices attendus.
Pr Frédéric
Rouillon. Les résultats obtenus jusque-là ne
permettent pas d’établir de manière irréfutable qu’un traitement par benzodiazépines est une des causes de la maladie d’Alzheimer. Mais, si cette polémique peut inciter les Français à y recourir
de manière plus raisonnable, elle aura été utile !
* Chef du service de la Clinique des maladies mentales et de l’encéphale
de l’hôpital Sainte-AnnePoint final
Source : www.parismatch.com
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