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Mercredi 2 avril 2008 3 02 /04 /Avr /2008 16:34

Site Philosophie de l'Académie de Nantes

Auteur : Jacques RICOT


Introduction

Dans le débat public sur l'euthanasie, la philosophie est appelée à faire entendr

e sa voix en fonction du champ propre qui est le sien au cœur d'une société irréversiblement laïcisée. À la fois quête de sagesse et instance de problématisation, sa contribution devrait pouvoir se déployer d'une façon pluraliste et encourager dans les échanges entre citoyens, le respect des exigences rationnelles de la réflexion sur un sujet où il arrive que la passion interdise parfois aux convictions de subir sereinement l'épreuve de l'argumentation. La première précaution à prendre pour éviter les malentendus est de bien poser la définition de l'euthanasie. Nous utilisons ici celle proposée par Patrick Verspieren et qui est conforme à celle des juristes : « l'euthanasie consiste dans le fait de donner sciemment et volontairement la mort ; est euthanasique le geste ou l'omission qui provoque délibérément la mort du patient dans le but de mettre fin à ses souffrances ».

 

Table des matières

  1. L'euthanasie, un enjeu pour l'humanité
  1. L'interdit du meurtre
  1. L'euthanasie par respect de l'autonomie
  1. L'euthanasie par compassion
  1. Mourir dans la dignité


Article complet, cliquez sur le lien ci-dessous :

http://www.ac-nantes.fr:8080/peda/disc/philo/philosophie_et_euthanasie.htm#KLINK

Ce texte est désormais incorporé à un recueil d'articles publié sous le titre Philosophie et fin de vie


Biographie et ouvrages personnels de l’auteur :

http://www.pedagogie.ac-nantes.fr/1206349129140/0/fiche___ressourcepedagogique/&RH=1160584417218


Jacques Ricot Professeur en classes préparatoires scientifiques au lycée Clemenceau de Nantes, chargé de cours il intervient également dans les formations des personnels soignants. Membre du bureau de l’association Philosophia.
Titres universitaires : Licences de philosophie, sociologie et lettres. D.E.A. de psychologie. Agrégation de philosophie.
Donne des conférences sur les questions philosophiques et particulièrement autour de la problématique du pardon, de l’inhumain, de la dignité, de la fin de vie et de la paix. de bioéthique au département de philosophie de l’Université de Nantes,

 


 

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Commentaires

OUI à l'aide au suicide, mais NON à l'euthanasie !

 

Au sujet de la différence entre l'euthanasie et l'aide au suicide, il faut distinguer entre les arguments juridiques, éthiques et religieux. On ne peut pas simplement affirmer sans nuance qu'il n'existe pas de différence entre les deux : dans un cas c'est le patient lui-même qui s'enlève la vie (aide au suicide) alors que dans l'autre c'est le médecin qui la retire. Il faut d'abord préciser sur quel terrain (juridique, éthique ou religieux) on tire notre argumentation. Si l'on se situe sur le terrain de l'éthique, on peut raisonnablement soutenir qu'il n'existe pas de différence. Cependant, si l'on se situe sur le terrain juridique, il existe toute une différence entre l'euthanasie (qualifié de meurtre au premier degré dont la peine minimale est l'emprisonnement à perpétuité) et l'aide au suicide (qui ne constitue pas un meurtre, ni un homicide et dont la peine maximale est de 14 ans d'emprisonnement). Dans le cas de l'aide au suicide, la cause de la mort est le suicide du patient et l'aide au suicide constitue d'une certaine manière une forme de complicité. Mais comme la tentative de suicide a été décriminalisée au Canada en 1972 (et en 1810 en France), cette complicité ne fait aucun sens, car il ne peut exister qu'une complicité que s'il existe une infraction principale. Or le suicide (ou tentative de suicide) n'est plus une infraction depuis 1972. Donc il ne peut logiquement y avoir de complicité au suicide. Cette infraction de l'aide au suicide est donc un non-sens.

En revanche, l'euthanasie volontaire est présentement considérée comme un meurtre au premier degré. Le médecin tue son patient (à sa demande) par compassion afin de soulager ses douleurs et souffrances. Il y a ici une transgression à l'un des principes éthiques et juridiques des plus fondamentaux à savoir l'interdiction de tuer ou de porter atteinte à la vie d'autrui. Nos sociétés démocratiques reposent sur le principe que nul ne peut retirer la vie à autrui. Le contrat social « a pour fin la conservation des contractants » et la protection de la vie a toujours fondé le tissu social. On a d'ailleurs aboli la peine de mort en 1976 (et en 1981 en France) ! Si l'euthanasie volontaire (à la demande du patient souffrant) peut, dans certaines circonstances, se justifier éthiquement, on ne peut, par raccourcit de l'esprit, conclure que l'euthanasie doit être légalisée ou décriminalisée. La légalisation ou la décriminalisation d'un acte exige la prise en compte des conséquences sociales que cette légalisation ou cette décriminalisation peut engendrer. Les indéniables risques d'abus (surtout pour les personnes faibles et vulnérables qui ne sont pas en mesure d'exprimer leur volonté) et les risques d'érosion de l'ethos social par la reconnaissance de cette pratique sont des facteurs qui doivent être pris en compte. Les risques de pente glissante de l'euthanasie volontaire (à la demande du patient apte) à l'euthanasie non volontaire (sans le consentement du patient inapte) ou involontaire (sans égard ou à l'encontre du consentement du patient apte) sont bien réels comme le confirme la Commission de réforme du droit au Canada qui affirme :

« Il existe, tout d'abord, un danger réel que la procédure mise au
point pour permettre de tuer ceux qui se sentent un fardeau pour
eux-mêmes, ne soit détournée progressivement de son but premier,
et ne serve aussi éventuellement à éliminer ceux qui sont un
fardeau pour les autres ou pour la société. C'est là l'argument dit du
doigt dans l'engrenage qui, pour être connu, n'en est pas moins
réel. Il existe aussi le danger que, dans bien des cas, le
consentement à l'euthanasie ne soit pas vraiment un acte
parfaitement libre et volontaire »

Eric Folot

Commentaire n°1 posté par Eric Folot le 10/07/2010 à 20h13
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