Hôpitaux sous-équipés, non-respect des règles d’hygiène, taux de mortalité variant de un à dix, résistances aux réformes : il est urgent d’ouvrir les yeux sur l’état de l’hôpital public.
L’hôpital va mal, il traverse une crise grave et le pire est à venir, prédit Alain Deloche, chef du pôle cardio-vasculaire de l’hôpital Georges-Pompidou mais aussi cofondateur de Médecins du monde et de Médecins sans frontières. En trente ans la médecine a profondément évolué : plateaux techniques impressionnants, nécessitant la présence de quatre-vingts personnes, des médecins aux infirmières, en passant par les anesthésistes et autres spécialistes maîtrisant scanners et IRM, spécialités de plus en plus pointues, opérations de plus en plus complexes…
« L’hôpital ? il ne s’est pas adapté à ces mutations qui ont marqué l’évolution de la médecine, constate Alain Deloche. À l’époque où j’étais interne, dans les années soixante, sécurité rimait encore avec proximité. En 2007, la sécurité ne peut être assurée que par la qualité des plateaux techniques et des nombreux spécialistes capables de prendre les malades en charge 24 heures sur 24. »
Comment imaginer que ces plateaux performants, évidemment très onéreux, peuvent équiper les quelques 997 hôpitaux français ? Irréaliste. Ce constat n’est pas nouveau. Le Conseil national de la chirurgie, en 2005, recommandait la suppression des blocs opératoires et des maternités des petits hôpitaux réalisant moins de 2 000 actes par an, dans un rapport remis à Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé. Ce qui menaçait directement 113 services de chirurgie installés dans de petites villes. «?La France compte trop d’hôpitaux et parmi eux, trop de plateaux techniques insuffisamment équipés et trop peu utilisés, donc dangereux, écrit le journaliste Gérard Bardy dans le Livre noir de la santé, paru le mois dernier. Car non seulement les petits hôpitaux sont mal équipés mais ils ne réalisent pas assez d’opérations. Pour être compétent, un chirurgien doit répéter des gestes techniques complexes à intervalles réguliers.
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Article paru dans valeurs actuelles du 26-10-2007
"Le Livre noir de la santé" de Gérard Bardy
Présentation de l'éditeur
Hôpitaux dangereux, services d'urgence au bord de l'asphyxie, Sécurité sociale

en péril, personnels soignants mal formés, hygiène en question, vétusté des établissements, négligences en tout genre... Naguère désigné par l'OMS comme le meilleur au monde, le système de santé à la française menace ruine. Légalité d'accès aux soins ? Un mythe. La médecine à plusieurs vitesses ?
Un fait. Notre consommation de médicaments, la plus importante d'Europe, assèche les caisses et cause plus de dix mille décès accidentels par an. Des populations entières sont traitées dans des conditions déplorables, notamment les personnes âgées. Les déserts médicaux gagnent du terrain dans les zones rurales et les banlieues. Les infirmières fuient les hôpitaux publics, dont 75 % sont en déficit. L es médecins, eux, sont au bout du rouleau. Et les étudiants appelés à les remplacer sont déjà découragés...
Depuis trente ans, les ministres passent, sans qu'aucune mesure soit parvenue à combler le déficit abyssal de l'assurance maladie. L'hôpital, ce bateau ivre ingouvernable, est-il impossible à réformer ? S'appuyant sur des études connues des seuls milieux médicaux, ce Livre noir dresse le vrai " bilan de santé " de la France.
Editeur : L' Archipel (12 septembre 2007) Collection : ARCHIPEL.ARCHIP Langue : Français ISBN-10: 2841879631 ISBN-13: 978-2841879632
Biographie de l'auteur
Gérard Bardy, journaliste, auteur de livres-documents (Génération galère, Albin Michel, 1993), a été rédacteur en chef adjoint à l'AFP et directeur de la rédaction du Pèlerin Magazine. À la tête des hebdomadaires Impact Médecin et Le Généraliste, puis du Médec (salon des médecins), il fut pendant huit ans un observateur privilégié du monde de la santé.